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Police de l'air
Le samedi 8 avril 2006, à
l'aéroport de Mérignac, un ami de Loïc Le Ribault a tenté de
refuser une palpation à corps que des policiers voulaient lui
faire subir, alors qu'il venait de franchir le portique sans
déclencher le moindre « bip ». Après une demi-heure de
résistance acharnée, il a bien sûr été obligé de capituler.
Cette insulte à la dignité lui a inspiré le triste constat
suivant : |
« Mais voyez-vous personne
d’autre que moi n’a « moufté » ! Personne n’a gueulé contre
ces outrances insupportables… Tout le monde au contraire était
contre moi et courbait la tête, se montrant affable et
obséquieux, soumis, dressé !… Voyez-vous, le troupeau ne bêle
même plus ! Il subit tout sans broncher… pourquoi ? C’est
simple, mêmes leurs mômes sont persuadés que s’il n’y avait
pas toutes ces « précautions » leurs vies de bœufs promis à
l’abattoir serait mise en danger, la belle affaire ! Une môme
de 12 ans m’interpella, alors que j’ai cinq fois son âge pour
dire que « je voulais qu’il y ait une bombe dans l’avion » !
(...) Voyez-vous, tout le monde est maintenant dressé à croire
que toutes ces violations du droit, toutes ces restrictions de
Liberté sont obligatoires au seul motif de la sécurité… Cela
fait des centaines de millions de passagers emmerdés, depuis
30 ans pour 10 avions canardés et un bateau de croisière !
(...) En fait, les « terroristes » ont gagné ! Où est le
danger ? Il est mort 5.000 personnes cet hiver de la grippe,
plus que toutes les victimes cumulées du « terrorisme » et
tout le monde semble s’en foutre sauf moi et les petits
oiseaux ! En fait, le trouillard est flatté, le courageux est
emprisonné en garde à vue, le dressage de la population a
porté ses fruits, il n’y a plus que des bêtes dressées, il n’y
a plus personne qui existe encore, adulte, responsable,
capable d’assumer ses risques, minimes d’ailleurs !
L’asservissement n’est pas pour demain, il est déjà effectué !
Dire que la police est si facile à faire, de même que les
contrôles, dans la discrétion et le respect dû aux personnes…
Oui, tout cela est voulu, organisé, réalisé
contre le Peuple, vous, moi. Rebellez-vous
donc tous, dites simplement : Non !
» |
A cet ami ulcéré, Loïc répondu
qu’il l'avait vengé par avance voici trente ans, et lui a
adressé le texte qui suit. |
« De 1973 à 1995, j’ai
accompli d’innombrables voyages dans le monde entier, y
compris dans les pays les plus invraisemblables, dûment muni
de tous les papiers réglementaires, et de surcroît
généralement en mission officielle. Sans doute est-ce dû à mon
aspect physique inquiétant, mais toujours est-il que, chaque
fois, je savais en passant devant les douaniers d’un air
innocent et l’allure dégagée, qu’allait retentir derrière moi
le barrissement devenu traditionnel : « Hep, vous, là-bas !
» Je faisais mine de n’avoir rien entendu, ce qui ne
faisait qu’envenimer les choses : « Hé, vous, là-bas !
Venez ici immédiatement ! » Suivait évidemment une fouille
approfondie de mes bagages, la palpation brutale de mes
vêtements et un contrôle en règle de mon identité, parfois
pimenté d’une consultation de fichier électronique. Mais il
n’y avait rien à faire : j’étais en règle, plus innocent que
l’agneau qui vient de naître. Vint un jour où j’en eus
assez. Après un long séjour au Canada, j’avais passé un
mois aux Etats-Unis, très exactement dans le désert de
l’Arizona, et, mon travail accompli, je rentrais en France via
New York, où chacun sait que sévissent les douaniers sans
doute les plus féroces et les plus obtus du monde après leurs
collègues israéliens. Là, j’avais à attendre pendant trois
longues heures la correspondance pour mon vol de retour. Pour
meubler ce temps creux, j’avais décidé de me venger
cruellement. Comme tout pêcheur fanatique, j’avais ramené
du Canada une véritable collection de poissons artificiels
destinés à embêter les brochets, les truites, les sandres et
les saumons français. De tels engins de mort sont bardés
d’innombrables hameçons acérés. |
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J’avais aussi ramené du Canada
une magnifique peau de loup qui m’avait été offerte par un
chef Huron. Et puis, bien sûr, rien ou presque ne poussant
en Arizona, à part les serpents à sonnette et les cactus, je
m’étais constitué une ample provision des cactus les plus
variés. C’est avec un soin méticuleux que j’ordonnai
l’intérieur de ma valise : au-dessus du linge propre et bien
repassé, j’étalai les poissons articulés, tous hameçons
dégaînés. Puis, au-dessus, je disposai soigneusement les sacs
en plastique contenant mon linge sale, dans lesquels j’avais
équitablement réparti mes cactus. Cet arrangement
méticuleux ne devait rien au hasard, mais constituait au
contraire un piège anti-douanier froidement élaboré. En effet,
les touristes s’imaginent que le fait de cacher au milieu de
leur linge sale leurs menus trésors rapportés de vacances
évitera la fouille des fripes répugnantes par des douaniers
dont ils ne doutent point qu’ils soient de nature délicate.
C’est une erreur : les douaniers, au contraire, connaissent
parfaitement cette naïveté touristique, et se précipitent
systématiquement sur les sacs de linge sale comme la vérole
sur le bas-clergé breton. Ensuite, j’introduisis la peau de
loup dans un sac de sport. J’étais paré. Le vol jusqu’à
New York se déroula sans problème. Arrivé à bon port, juste
avant de franchir le poste des douanes, j’ouvris le sac de
sport, tirai une des pattes de la pauvre bête et la laissai
pendre librement. C’est en cet équipage que, d’un air
innocent, je franchis le poste de douane, la patte de mon loup
traînant par terre. Immédiatement, un beuglement (en
anglais) retentit dans mon dos : « Hep ! Vous, là-bas !
Revenez ! » C’est avec un sourire cruel aux lèvres
que j’obtempérai à l’injonction. « Qu’est-ce que c’est que
ça ? », demanda le douanier en désignant la patte. « Ben,
c’est une patte de loup », répondis-je. « Pourquoi ? C’est
interdit ? » « Non, non... Et qu’est-ce que vous avez
d’autre à déclarer ? » Avec une immense hypocrisie, je pris
mon air le plus coupable, me mis à bégayer et dis : «
Rien... rien... Quelques... quelques plantes... Et puis un
peu... un peu de matériel de... de pêche, aussi... » « On
va voir ça ! Ouvrez vos bagages ! » « Mais je vous jure,
monsieur le douanier, que je n’ai rien qui... que... » «
Ouvrez vos bagages ! » Ce que je fis. Voyant les sacs de
linge sale soigneusement étalés sur le dessus de mes affaires,
l’oeil du gabelou s’alluma comme celui d’un Français à la vue
d’un steak-frites. Les doigts repliés comme des serres, il
s’apprêta à plonger ses mains dans les fripes. Je
l’interrompis : « Stop ! » « Quoi, “stop !” ? », dit-il,
ébahi. Il ne semblait pas accoutumé à recevoir des ordres de
la part du vulgum pecus. « Je suis désolé, mais le
règlement m’autorise à exiger de votre part que vous ne
fouilliez mon linge qu’avec les mains revêtues de gants. Et de
gants blancs, de surcroît. » « Mais on n’a pas de gants,
ici ! » « Ca m’est égal, allez en chercher. J’ai tout mon
temps... » Mon douanier envoya donc un de ses jeunes
collègues chercher les objets en questions. Il fulminait de
rage. Quand, dix minutes plus tard, on lui remit ses gants
blancs, il les enfila avec ardeur, me jeta un regard mauvais
et plongea les mains avec enthousiasme dans le premier
sac. Le hurlement qui retentit alors dans le poste de
douane n’avait rien d’humain, et des centaines de voyageurs,
affolés, cherchaient d’où pouvait bien provenir un cri aussi
épouvantable. Le douanier sautillait maintenant devant ma
valise, les doigts littéralement hérissés de piquants de
cactus : il n'avait pas eu de chance, étant par hasard tombé
sur ceux de l’espèce la plus vicieuse, armés de piquants en
forme de crochets barbelés. « Je vous avais bien dit que je
ramenais quelques plantes... », dis-je timidement. « Ouh
ouh ouh », ululait le douanier (toujours en anglais) tandis
que les doigts des gants s’imbibaient de sang frais d’un joli
cramoisi. Avec gentillesse, je lui ôtai les piquants. Ca
lui faisait un mal de chien. L’opération accomplie, il
s’apprêta à poursuivre la fouille avec une conscience
professionnelle méritoire. « Halte ! », hurlé-je. «
Comment ça, " halte ! " ? » « Mais enfin, vous n’allez pas
fouiller ma valise avec ces gants pleins de sang ! C’est
dégoûtant ! Demandez des gants propres ! » Il me regarda
comme si j’étais irréel puis murmura : « Mais bien sûr...
Où avais-je la tête ? » Ayant commandé de nouveaux gants,
il entreprit d’ôter ceux qui étaient ensanglantés, opération
qui ne se fit pas sans souffrance : les quelques piquants que
je n’avais pas extraits s’arrachaient en effet à mesure qu’il
dégageait ses doigts. Après s’être enveloppé les
doigts meurtris de sparadrap, il enfila les gants neufs et
enfonça avec avidité ses mains dans le fond de ma
valise. Cette fois, le cri qui retentit dans tout
l’aéroport est impossible à décrire. Peut-être un mélange
entre le feulement du lynx pris au piège et le glapissement de
la vache violée par un éléphant, avec une touche de sanglots
très longs de certains violons en automne ? Les mains
étroitement serrées contre la vareuse de son uniforme, mon
douanier tournait comme une toupie. D’un air intrigué, je
lui demandai : « Vous avez un problème ? » Il me tendit
les mains. Je ne l’avais pas raté : deux doigts de la main
gauche avaient été poignardés par deux leurres à truite,
tandis qu’une énorme cuillère ondulante à brochet, qui
reposait sans doute par le travers, avait réussi à crocher à
elle seule trois doigts de la main droite. « Montrez-moi ça
! », lui dis-je. Après avoir étudié le carnage de près, je
dus me rendre à l’évidence et lui expliquer le principe
technique des hameçons : « Comme vous le savez, l’extrémité
des hameçons est constituée d’une pointe piquante, ornée de ce
qu’on appelle un ardillon, c’est-à-dire une autre pointe à
rebours. C’est fait exprès pour que le douan... euh... le
poisson ne se décroche pas... » |
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« Mou... ou... ou... »,
approuvait ma victime. « Et dans votre cas, vous n’y êtes
pas allé, si j’ose dire, de main morte ! » « Waaahhhh... »,
reconnut le coupable. « Ce qui fait que plusieurs des
hameçons sont enfoncés jusqu’à l’ardillon, voyez-vous ? » «
Mmmhhhh ? », s’inquiétonna le fonctionnaire. « Eh, oui ! Il
n’y a donc que trois solutions... euh... voudriez-vous s’il
vous plaît éloigner vos doigts de ma valise : votre sang
risque de goutter sur mon linge... Merci... Donc, la première
consiste à briser la hampe de l’hameçon. Seulement, dans le
cas présent, c’est impossible ! » « Arhhh ? », interrogea
le douanier. « Ben oui, j’ai choisi des hameçons en acier
suédois, le meilleur du monde. Impossible de casser les
hampes! » « Pfffff ! », regretta le douanier. « Comme il
impossible d’arracher les hameçons sans que les ardillons
n’emmènent des morceaux de viande avec eux, la seconde
solution consiste à les enfoncer davantage, jusqu’à ce que la
pointe et l’ardillon percent la peau de l’autre côté de la
blessure. Ensuite, il suffit de tirer l’ensemble, et hop ! le
problème est résolu. Si vous voulez, je peux faire ça ? » «
Noooooo ! », protesta le douanier. « Bon, alors la dernière
solution consiste à galoper à l’infirmerie. On saura sûrement
comment vous insensibiliser pour procéder à l’opération...
» « Oui ! C’est la meilleure solution ! », gémit le
douanier, ses poissons articulés toujours pendant au bout des
doigts. « Eh bien, je vous souhaite bonne chance. Et moi,
qu’est-ce que je fais ? » Le gabelou sembla retrouver ses
esprits et hurla : « Vous, foutez-moi le camp, avec vos
saloperies ! » Soutenu par un collègue, il prit le chemin
de l’infirmerie. « Hep ! Vous, là-bas ! », hurlai-je avec
le sentiment de la vengeance accomplie. « Oui ? », dit le
douanier en se retournant péniblement. « Vous savez, pour
les poissons articulés, ne vous faites pas de souci. Vous
pouvez les garder en souvenir : je vous en fais cadeau !
» Et je m’en fus, tandis que le douanier, tétanisé, me
suivait d’un regard incrédule. |
Tout ça pour vous dire que,
lorsque j’étais en règle, je n’ai pas cessé d’être importuné
dans les aéroports par les douaniers de tout pelage et les
policiers de tout poil. Mais, étrangement, entre 1996 et
2000, dépourvu de tout papier ou muni de faux documents, j’ai
franchi le plus illégalement du monde une douzaine de
frontières et accompli plus de 35000 kilomètres sans le
moindre problème. Puis, à nouveau muni d’un passeport
en règle, mes ennuis frontaliers ont repris de plus
belle. |
En juin 2002, je me rendais en
Grande-Bretagne, muni du minimum de bagages. Vieille habitude.
Alors que je m’apprêtais à faire enregistrer mon sac pour son
séjour en soute, la réceptionniste de la compagnie de
navigation me dit gentiment : « Vous savez, votre sac est
très petit ; vous pouvez le prendre à bord avec vous. » Je
la remerciai et m’en fus passer les divers contrôles précédant
tout embarquement aérien. Alors que j’avais franchi sans
encombre le portique à rayons-X, je contemplai les policiers
qui scrutaient l’écran du tapis roulant sur lequel reposait
mon sac. Enfin, le sac sortit du tunnel, porté par un
policier. Très aimable, celui-ci me demanda : « Vous
n’avez rien de coupant, de pointu ou de tranchant là-dedans ?
» « Non », dis-je. Puis je blêmis : « Ben si,
peut-être... J’ai ma trousse de toilette... » « Alors,
c’est ça qu’on a repéré », dit triomphalement le policier. «
Voulez-vous l’ouvrir ? » Ce que je fis. Aussitôt, le
policier se jeta sur le contenu de la trousse, et en sortit
triomphalement une lime à ongle, deux pinces à ongles et des
ciseaux. « Ah, vous voyez, hein, ils sont efficaces, nos
appareils ! » « Oui... » « Vous rentrez quand en Irlande
? » « Dans cinq jours. » « Bon. On vous confisque tout
ça, mais si vous voulez on vous le rendra quand vous
reviendrez ? » « Et combien de temps ça me prendra pour
récupérer mes engins ? » « Oh... Deux ou trois heures à
peine... » « Bon... Alors foutez tout ça à la poubelle.
» Visiblement soulagé, le policier s’exécuta avec
enthousiasme. Puis je lui demandai : « Et c’est tout ce
que vous me saisissez ? » « Ben oui, pourquoi ? » «
Parce que j’ai aussi des rasoirs, dans cette trousse...
» Le policier y jeta un oeil hautement professionnel : «
Non, pas de problème. Ce sont des rasoirs jetables, ils sont
sans danger ! » « Ah oui ? Et si je casse le moule
plastique et que j’extrais la lame, c’est pas coupant, ça ? Ca
peut pas trancher une gorge ? » Le policier ouvrit des yeux
étonnés : « Ah, mais si ! Vous avez raison... mais les
rasoirs jetables ne sont pas inscrits sur la liste des objets
interdits... » Je sortis ensuite mon stylo bille de la
poche qu’il ne quitte jamais et dis : « Et ça ? » « Ca ?
Mais c’est un stylo bille ! » « Vous savez ce que ça
fait, un violent coup de la pointe d’un stylo bille sur la
tempe ? Eh ben ça tue ! » Le policier me regardait d’un
oeil de plus en plus méfiant : « Et à part ça, qu’est-ce
que vous avez sur vous ? » « Oh, presque rien », dis-je. «
Ah si, un paquet de cigarettes en carton. » « Et alors ?
» « Et alors, un coup du coin du paquet à un endroit bien
précis de l’index provoquerait une crise cardiaque
instantanée... » Le policier était maintenant
pétrifié. Je décidai de l’achever : « Au fait, vous
aussi, vous pouvez être dangereux, vous savez ? » «
Pourquoi ? » « Parce que vous portez des lunettes, tiens !
» « Ah non, mes verres sont incassables ! » « Je ne vous
parle pas des verres... » « Mais de quoi alors ?
» J’enlevai mes propres lunettes et les lui mis sous le nez
: « Vous voyez les branches ? Il suffit d’un ongle pour en
dévisser une des extrémités, non ? » « Oui, et alors ?
» « Alors, si vous enlevez la branche et que l’autre
extrémité ait été préalablement effilée, vous avez un engin
très efficace qui, enfoncé dans l’oeil de quelqu’un, pénètre
jusqu’au cerveau... » Le policier était blème : « Mais
où avez-vous appris tout ça ? » « Le métier, rien que le
métier. L’entraînement, quoi. Vous savez ce que vous devriez
faire ? » « Non », murmura le malheureux. « Faire sortir
tous les passagers, et saisir tous les rasoirs jetables, les
crayons, les stylos, les paquets de cigarettes et les
lunettes... » Il me regarda comme un extra-terrestre, puis
dit : « Bon... Ca va comme ça... Montez dans l’avion...
» Tandis que je bouclais mes bagages, j’ajoutai : « Au
fait, vous connaissez la dernière invention de la firme Glock
? Vous savez, celle qui fabrique des pistolets haut de gamme ?
» « Non... Mais j’ai peur de ce que vous allez me dire, je
ne sais pas pourquoi... » « Eh bien, ils ont fabriqué un
pistolet en matériaux composites totalement indétectable aux
rayons X... C’est facile à vérifier, il n’y a qu’à consulter
leur site internet... » C’est avec une certaine lueur
d’inquiétude dans le regard que le policier me regarda
escalader la passerelle. Allez savoir pourquoi... » |
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