John McPhee PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Administrateur   
Mardi, 17 Mai 2011 18:42
John McPhee
 

Extraits de « Irons in the Fire », de John McPhee (1998). Ce chapitre a déjà été publié dans le quotidien « New Yorker ». On trouve cet extrait sur « www.amazon.com ».

John Mc Phee est un des écrivains les plus connus aux U.S.A., auteur de vingt-six livres et lauréat du Prix Pulitzer en 1999.

Commentaires de presse:

« Fervent admirateur des géologues de haut niveau, McPhee consacre la plus grande place au chapitre « The Gravel Page », exposé sur l'art méticuleux de la géologie appliquée à la criminalistique. (...) Il explique comment la plus grande subtilité dans l'étude des indices fut utilisée pour résoudre l'enlèvement et le meurtre d'Adolph Coors III et de l'agent de la D.E.A. Enrique Camarena Salazar. » (in « Booklist »)

« L'auteur raconte comment un géologue du F.B.I. aida à résoudre le meurtre au Mexique – sans l'aide de la police mexicaine corrompue – de l'agent de la D.E.A. Enrique Salazar. » (in « Kirkus Reviews »)

« (...) un long et fascinant témoignage sur le travail des géologue en criminalistique, et comment les roches racontent une histoire. » (in « Amazon.com »)

EXTRAITS DU LIVRE

« Quelques mois auparavant, le représentant d'une compagnie aéronautique californienne avait contacté le F.B.I. au nom du consultant français de celle-ci, Loïc Le Ribault. Le représentant disait que Le Ribault était le chef géologue de la compagnie pétrolière nationale française, avait sa propre société en aéronautique, et était très riche . Il voulait travailler en criminalistique, parce qu'il prétendait être capable de faire des choses que personne d'autre ne pouvait faire. Il disait qaue si on lui montrait quelques grains de sable, il pouvait vous dire d'où ils provenaient. Il avait essayé d'intéresser les laboratoires de police scientifiques français et britanniques, mais avait échoué. Il était sûr que si le F.B.I. était intéressé, les autres pays suivraient. Il appelait sa spécialité « exoscopie».

Le F.B.I. dit : « quelques grains ? »

Le représentant de Le Ribault dit : « Testez-le. Testez-le, tout simplement. Donnez-moi trois échantillons. »

Pendant que l'homme attendait, les géologues du F.B.I. -Fiedler, Rawalt et quelques autres – se réunirent. Dans un pilulier, ils mirent quelques cendres provenant du Mont Saint-Hélène. Dans un autre, ils mirent des alluvions de rivière d'un delta de Caroline du Sud, reliés à une affaire de meurtre. Quoi mettre dans le troisième pilulier ? Dans les locaux du laboratoire, il y avait quelques poutres provenant des barraquements de l'unité des Marines victime d'un attentat à la bombe à Beyrouth. Rawalt se souvint avoir remarqué que de la poussière avait été projetée sur les poutres. Il en gratta un peu et la mit dans le troisième pilulier.

Quelques semaines plus tard, un dossier avec une reliure spiralée parvint de la Teste de Buch, une ville du Médoc. La couverture mentionnait : « étude exoscopique de trois échantillons de sable, effectuée par Loïc Le Ribault. »

C'était un travail magnifique, si bon qu'il était difficile d'avaler les résultats.

Le F.B.I. avait collecté les échantillons des cendres du Mont Saint-Hélène dans tout l'ouest du pays, afin de répertorier la taille et la distribution des particules, ainsi que les cycles de sédimentation, parce que les cendres pouvaient devenir un indice important dans les sols sur les lieux d'un crime. L'étude de Le Ribault disait que l'échantillon 1 était de la cendre provenant du Mont Saint-Hélène, et qu'elle s'était déposée sur une surface presque horizontale à moins de cent miles du volcan.

« Il prétendait que ça provenait de quelques miles du volcan », dit Rawalt. « Alors, on a appelé l'agent en chef qui avait prélevé les cendres, et lui avons demandé : « Où les avez-vous récoltées ? » Il nous a répondu : « Sur le capot de ma voiture. J'étais garé un peu plus loin dans une vallée. »

Selon le rapport de Le Ribault, l'échantillon n° 2 provenait d'un bassin fluviatile du Sud-Est des

Etats-Unis, et il disait qu'avec des cartes géologiques d'une échelle suffisante, la localisation exacte pourrait être déterminée.

Selon le rapport, le troisième échantillon était déconcertant, et ce qui suit est une paraphrase de Rawalt au sujet du rapport de Le Ribault : « Il y a eu un événement pyroclastique, un dépôt à cause d'une violence extrême – une explosion. Il ne s'est passé qu'un bref instant ensuite avec le dépôt de ces grains sur une surface verticale. Je n'ai aucune idée de l'endroit où ce phénomène s'est produit, parce que le seul endroit du monde que je puisse identifier comme origine de ces grains, c'est la vallée de la Bekàa, au Liban, et bien entendu le F.B.I. n'a aucune affaire criminelle au Liban. Je ne sais donc pas d'où provient cet échantillon. »

Après que les géologues du F.B.I. eurent fini de lire le rapport, quelqu'un dit :

« Il faut qu'on parle avec cet homme. »

Rawalt se souvient de Le Ribault comme d'un « petit homme, au début de la cinquantaine , très jovial, à la silhouette anguleuse, qui n'arrêtait pas de parler. »

Le Ribault avait amené avec lui un interprète à l'Académie du F.B.I., à Quantico, en Virginie .

Avec un microscope électronique à balayage, il étudia les quartz provenant du cadavre de Camarena – des quartz ordinaires, à l'exception de ceux d'origine rhyolitique. Il les grossit jusqu'à dix mille fois, et lut les traces à leur surface. L'eau dissout le quartz, lentement mais sûrement. L'eau qui s'infiltre dans le sol dissout une partie des cristaux de quartz, et lorsque les solutions riches en silice s'évaporent, le quartz se recristallise. A très forts grandissements, il est possible de voir les microcristallisations, et les différentes formes de celles-ci racontent différentes histoires. Si elles sont présentes partrout sur les grains, cela signifie que celui-ci fut déposé dans de l'eau. Si elles sont présentes au sommet du grain à tel ou tel endroit, cela signifie qu'il était sur l'escarpement d'une montagne. « Il prenait un seul grain et vous disait l'endroit où il s'était déposé, combien de temps il était resté en place, et d'où il venait », poursuit Rawalt. « Il tient aussi compte de la solubilité du quartz et regarde les différentes parties de sa surface pour déterminer à quel point elles ont été érodées par l'eau. Avec son expérience, il peut vous dire le type de facteurs auxquels il a été soumis dans l'environnement, et donner ses conclusions. La connaissance de la façon dont le quartz se dissout et recristallise est la base de toute sa méthode, l'exoscopie. »

Pendant la semaine que Le Ribault passa à Quantico, on lui soumit des échantillons de terre fournis par la D.E.A. de Mexico – tous négatifs.

Enfin, devant son microscope électronique à balayage, observant un grain devenu gros comme une carte provenant d'un autre échantillon, Le Ribault dit :

« Il vient d'un endroit où un massif rhyolithique domine une vallée. »

Rawalt dit : « Ca, on le sait déjà. »

Car on avait donné à Le Ribault trois échantillons que Rawalt avait prélevé dans la forêt de Primavera, ainsi que de la terre trouvée sur le corps de Camarena. Sur une carte, Rawalt montra à Le Ribault où il avait prélevé les échantillons. Le Ribault dit : « Vous y êtes, mais pas tout à fait. Vous êtes approximativement à la bonne hauteur dans le parc, et approximativement au bon endroit de la zone en pente dans laquelle ce grain de quartz s'est sédimenté. Le type de dépôt et la profondeur sont exacts. Vous y êtes, mais pas exactement. Ces grains viennent d'un endroit où l'eau coulait vers le nord. A l'endroit où le corps a été enterré, l'eau coulait vers le sud. » Le Ribault poursuivit : « Ce sable d'origine rhyolitique a été déposé dans un milieu aquatique. A une profondeur d'approximativement quatre à cinq pieds. La cristallographie montre qu'il venait d'une berge. La pente de celle-ci est inférieure à dix degrés. Cet endroit est ombragé. Quand vous y retournerez, cela pourra vous aider de savoir que le massif d'où proviennent ces sables est situé à quatre mille pieds au-dessus de l'endroit où le corps a été enterré »